Toxic New York : Les oubliés du 9/11

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Les attentats du 11 Septembre 2001 à New York ont laissé une trace invisible dans l’air. Les images des tours jumelles s’écroulant sur le sol new-yorkais sont restées imprimées dans la mémoire, comme si l’histoire s’était arrêtée à cet instant. Figée sur le papier glacé, l’horreur de cette catastrophe surmédiatisée reste un des symboles historiques de l’Amérique du XXIéme siècle. Une Amérique qui, après le traumatisme, n’a pas manqué de faire voir au monde sa capacité d’aller de l’avant et de ne jamais se laisser abattre. Pourtant sept ans après, Manhattan porte encore la cicatrice de l’attentant. Les travaux pour reconstruire le Ground Zero sont toujours en cours. Les touristes s’agglutinent pour essayer d’entrevoir les restes des tours jumelles protégés par des hautes grilles et barrières, à l’affût d’images et d’un morceau d’histoire.

Ailleurs, au-delà de l’énorme chantier, pas loin du lieu où s’érigera le mémorial aux victimes de l’attentant, la vie de tous les jours à repris son cours. Une vie où survole l’ombre réelle d’une catastrophe chimique qui a été mal géré par l’administration Bush, Pataki et Giuliani. Lors de l’attaque cette même administration a minimisé les risques de contamination de l’air dégagé par la chute des tours. Considérant l’air comme « sans danger », l’ex-administratrice de l’EPA, Christine Todd Whitman, ne pensa pas utile de munir de protections les pompiers et autres personnels travaillant dans les décombres. Les travaux de « nettoyage » ont duré 18 mois mais une semaine après les attentats la vie économique a repris son cours dans Lower Manhattan. Pressé par la réouverture de Wall Street le gouvernement Bush a laissé revenir à leur emploi la majorité des employées de Lower Manhattan et cela dans des bureaux ayant été simplement nettoyé mais pas décontaminé. La vie a repris son cours mais les conséquences de cet empressement se font sentir sept ans après.

Retour en arrière: le 11 septembre 2001, deux tours de 110 étages chacune se sont écroulées sur le sol de Manhattan, au centre du quartier économique d'une des plus grandes villes du monde. Un nuage de poussière s'est élevé dans le ciel de New York et s'est propagé sur des kilomètres en entraînant avec lui toutes les particules toxiques et les débris des tours. Deux fois cent dix étage, dont quarante contenant de l'amiante dans les murs. Des milliers d'ordinateurs, des lampes halogènes, des imprimantes, des canalisations, des implantations électriques, des écrans plasma, des vitres et du plastique brûlé ainsi que tout le matériel bureautique d'un centre économique international. Le nuage qui s’est formé le 11 septembre contenait un tel nombre de particules toxiques différentes qu'il est encore difficile pour les scientifiques de mesurer son impact toxique. Un mélange jamais vu, mais des produit chimiques bien connus pour leurs effets nocifs pour la santé humaine et l'environnement.

Pendant 18 mois des pompiers, policiers et volontaires ont travaillé dans les débris du World Trade Center à la recherche de survivants ou de victimes. Ils ont travaillé afin de nettoyer Ground Zero. Aucun ne portaient de réelles protections si ce n'est des petits masques de carton. Au même moment, non loin du Ground Zero, des agents de nettoyages, en grande partie des sans-papiers sud-américains, ont nettoyé les bureaux et immeubles submergés de poussières noires. Eux aussi ne portaient aucune protection. Enfin, nombreux habitants de Lower Manhattan sont retournés dans leurs appartements et magasins quelques semaines après les attentats, sans des immeubles n'ayant pas été nettoyé.

Les conséquences de cette négligence se font ressentir. Le nombre de maladies et de malades touchées par l’air toxique ne cesse d’augmenter. Outre les maladies respiratoires, les hôpitaux Bellevue, Gouverneur et Mount Sinaï dénombrent un nombre croissant de patients souffrants de forts maux de tête, d’allergies, de problèmes gastro-intestinaux et gynécologiques. On dénombre aussi de nombreux cas de dépression et de stress post-traumatisme. Il est encore difficile d’associer toutes ces maladies à l’air toxique du 11 septembre car il n’y a pas eu de prélèvement de l’air pendant les jours suivants les attentats. Pourtant le nombre de personnes malades, ayant vécu dans Lower Manhattan ou travaillé dans les alentours ou dans les décombres, ne cesse de croître. On compte actuellement plus de 70000 personnes touchées d’une façon ou d’une autre par l’air toxique. De plus, des cas de cancer et de mort liés à une maladie causée par l’air du 11 septembre commencent à être reconnus par la justice et le gouvernement.

Ces maladies se révèlent souvent handicapantes pour le patient, non seulement sur le plan physique et mental mais aussi économique. Malgré leurs plaintes contre l’administration et leur demande d’aide, beaucoup de patients se retrouvent sans aucune aide économique. Si pour certains leur situation d’irrégularité au sein du territoire américain manque en est la raison (les nettoyeurs clandestin sud-américains) pour d’autres les raisons semblent souvent incompréhensibles. Il est vrai que nombreux des ex-policiers ou pompiers ayant porté plainte ont souvent eu gain de cause. Par contre les délais se sont souvent avérés trop longs (jusqu’à 5 ans) et la compensation souvent dérisoire. Le manque de compensation ou leur montant insuffisant rend  difficile, voir impossible  de payer les soins et médicaments nécessaire et porte les plaignant à la ruine économique et parfois au suicide.

Mars 2008, New York. La liste des victimes est longue, les histoires se ressemblent et s’accumulent. Des ex-policiers, comme Alan Forcier, ayant perdu maison et famille, se retrouvant avec vingt médicaments différents à prendre chaque jour. Alan, qui pendant les jours suivant les attentats, a sorti des décombres des corps mutilés, Alan qui pendant plusieurs années a servi son pays en tant que policier  de la brigade des stupéfiants new-yorkaise. Des ex-pompiers comme Jim Riches qui a perdu son fils aussi pompier dans les décombres. Jim qui après avoir travaillé plusieurs mois dans Ground Zero s’est retrouvé en coma et donné pour mort suite à des insuffisances respiratoires. Des ex-militaires comme Greg qui se retrouve aujourd’hui dans un lit d’hôpital pour leucémie après avoir travaillé pendant des mois dans le Ground Zero et à la morgue du World Trade Center. Des ex-nettoyeurs comme Alex, obligées à 43 ans de vivre chez sa mère avec son fils de sept ans. Incapable de retravailler il doit se rendre trois fois par semaine à l’hôpital et autant de fois chez un psychologue. La liste est longue, très longue, les histoires se ressemblent mais elles sont uniques, des histoires de vie déchirées. Des histoires d’hommes et de femmes qui n’avaient demandé rien, si ce n’est d’aider leur pays ou simplement continuer à vivre dans une ville qu’ils aiment et ou ils sont parfois née : New York City.

Le tableau de l’après 11 septembre est aujourd’hui une radiographie d’une Amérique qui a menti a son peuple, qui l’a laissé à la dérive. Une Amérique qui a oublié ses héros.